Entre nous

Je dessine, trace des lignes, dépose sur le papier des traces de couleurs. De la spontanéité du geste naît le mouvement qui rythme mes œuvres, les couleurs suivent ce rythme primitif, parfois s’y opposent. Petit à petit, la frontière entre dessin et peinture s’estompe. La seconde efface, le premier reconstruit. Souvent, la première intention n’est pas la bonne, la peinture me sert souvent à modifier mon propre point de vue, à chambouler plus ou moins radicalement la structure de l’espace. De nouveaux tracés, de nouvelles lignes sont alors dessinées pour affirmer ces brusques changements. Chacun de mes travaux pourrait ainsi se construire et se déconstruire à l’infini, mon regard seul me permet de décider quand arrêter cette genèse. Loin d’être un aboutissement ultime, la fin de cette phase de gestation n’est que le début d’une existence autre qui ne dépend désormais plus de moi.

Les façons de pénétrer à l’intérieur d’une œuvre sont multiples, les niveaux de lecture s’enchaînent, il faut accepter de prendre le temps de s’immerger en profondeur. Alors que le monde s’emballe, que tout doit toujours aller plus vite, l’art – et principalement les arts plastiques – est un moment de pause ; l’oeuvre plastique (peinture, sculpture, photo…) n’est pas inscrite dans une temporalité, contrairement à un morceau de musique, une chorégraphie, un film, … Elle existe simplement. A chacun de lui accorder le temps qu’il souhaite, quelques minutes, plusieurs heures, on peut la quitter, y revenir, constater les nuances apportées par la lumière changeante, s’étonner des subtilités induites par l’état d’esprit même dans lequel se trouve le regardeur.

La peinture peut se voir comme un univers en miniature : on croit l’avoir compris, mais dès le lendemain, quelque chose a déjà changé ; est-ce la lumière, le regard que l’on porte sur elle? Je suis peut-être le peintre, mais celui qui vit avec une peinture continue de la créer chaque jour.

Renaissance

[…] Alors que tout espoir semblait s’évanouir, que l’obscurité était sur le point de m’engloutir, un dernier sursaut fit enfin poindre un début de réponse. Je m’accroche à cette frêle étincelle, il faut que je la maintienne en vie si je veux qu’elle me sauve. J’ai compris que j’avais eu la prétention d’être un artiste et que cela n’a, finalement, aucune espèce d’importance. J’ai tourné en rond pendant des années, perdant jusqu’à l’essence de moi-même, alors que l’arbre aux souhaits était là, au bord de la route. Je suis passé devant des dizaines de fois sans y faire attention. Et j’ai enfin compris qu’il ne m’offrait pas une porte d’entrée, mais une porte de sortie. Ai-je brisé le cercle? Suis-je désormais sur mon propre chemin? Je n’ai qu’une fragile étincelle pour m’accompagner, mais elle me porte, me réchauffe.
Je suis peintre […]